Face à l'IA, l'armée des sombres
Certains jeunes n'en veulent pas. Mais alors pas du tout.
L’autre jour, je reçois un vocal de Johan. Il ne fait JAMAIS de vocal. C’est dire si ce qu’il a à m’annoncer est grave. Je vous fais un transcript :
Je te fais un vocal, ça ira plus vite. Je sors d’une masterclass avec des étudiants. Je n’avais pas imaginé à quel point le rapport des jeunes journalistes à l'IA était à l’opposé de nos pratiques. C’est un refus total d’utiliser les IA. Mais vraiment total, quoi. Je n’ai pas mesuré à quel point le truc inquiétait et que leur réponse n’était pas de comment tenter de dompter le dragon, mais de refuser purement et simplement d’y grimper. Ça va être chaud.
Il a raison, ça va être chaud. D’autres journalistes qui interviennent de différentes manières auprès d’étudiants m’ont partagée également qu’ils avaient senti cette position de principe. Jusqu’à présent, on estimait que beaucoup adoptaient une posture de prudence critique plutôt qu’un enthousiasme total.
On peut se poser plein de questions sur les impacts éthiques, la place de l’humain, les effets sur le travail ou l’environnement… Mais là, je vois passer plein de choses qui montrent un mouvement de refus bien ancré chez les nouvelles générations. Et une opposition plus frontale.
1/ L’IA n’est pas un mantra
Par exemple, lors de la cérémonie de remise de diplômes de l’Université de Floride Centrale (UCF), une conférencière a été huée par les étudiants lorsqu’elle a déclaré que l’intelligence artificielle était « la prochaine révolution industrielle ». La réaction du public l’a contrainte à s’interrompre à plusieurs reprises.
Il faut dire que la cérémonie concernait les diplômés du Collège des Arts et des Humanités, soit des étudiants en art, en écriture et en design. Le décalage entre le message et l’audience était flagrant : pourquoi venir vanter l’IA dans une salle pleine de créatifs ?
L’incident a rapidement circulé sur les réseaux sociaux et s’est transformé en symbole d’une fracture générationnelle : des étudiants qui ont grandi avec la montée en puissance de l’IA et ses menaces connues sur l’emploi se sont vu servir, le jour de leur remise de diplôme, un éloge de cette même technologie par quelqu’un qui semble déconnecté de leurs craintes. Ça ne passe pas.
2/ Le sabotage passif comme arme
Une enquête menée auprès de 1 200 salariés et 1 200 dirigeants aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Europe révèle qu’une part massive de travailleurs cherche activement à saboter les initiatives IA de leur employeur. C’est chez les jeunes que la résistance est la plus forte : 44 % des membres de la Gen Z avouent avoir sabordé les déploiements IA internes de leur entreprise.
Les motivations sont claires : 30 % des saboteurs citent la crainte d’une automatisation de leur poste comme raison principale, 28 % évoquent des problèmes de sécurité liés aux outils IA, et 20 % estiment que l’IA augmente leur charge de travail plutôt qu’elle ne la réduit.
Ce qui est sûr, c’est que tant que les PDG se vanteront publiquement de réduire leurs effectifs grâce à l’IA, il sera difficile de convaincre les travailleurs d’y adhérer, surtout une génération qui en paie déjà le prix.
3/ Une génération pas acquise
Les derniers résultats d’une étude sont frappants. 31 % des membres de la Gen Z déclarent que l'IA les met en colère, soit une hausse de 9 points en un an. Dans le même temps, ceux qui se disent enthousiastes sont passés de 36 % à seulement 22 %. Ce renversement d'opinion est rapide et massif pour une génération qu'on imaginait naturellement acquise au numérique.
Bref, l'opposition de la Gen Z à l'IA n'est pas un caprice technophobe : ça pourrait être une réaction cohérente face à une menace économique réelle, une désillusion vis-à-vis des institutions, et une conscience aiguë des enjeux éthiques et environnementaux.
Ça va aussi donner lieu à une fracture profonde.



Je me sens Jeune d'un coup. 😉
Le sujet pour la jeune génération, c'est aussi comment se différencier avec de l'IA? Globalement les contenus IA se ressemblent tellement à l'instar de cette série agaçante des "Je suis ton intestin (ou ton colon ou un oignon, etc." qui pullule sur les RS avec des messages plus ou moins intéressants ou encore la déferlante des images d'imitations Gimli, ou encore les blister pack. Aussi standard qu'éphémères ces créations sont des feux de paille par construction. On attend la prochaine vague avec anxiété...
Pour le moment, on est bluffé par l'IA comme on est bluffé par un enfant qui vient d'arriver à écrire son nom et même si il se prénomme Victor, le chemin est encore long et hasardeux pour devenir un jour Hugo.
Pour apporter une perspective d'étudiant en journalisme passionné de tech et très critique de l'IA, voici mes 3 grands axes de réflexion :
1. le contenu généré par IA est souvent de faible qualité et reconnaissable, bien loin de l'écriture exacte, simple que l'on attend de nous. Son utilisation et ses hallucinations n’arrangeront pas la crise de confiance que l’on connait.
2. La propension des responsables à remplacer des postes par des IA (comment, c'est souvent flou). Il existe déjà assez de concurrence pour rentrer en école, trouver une alternance, à la sortie d'école, et dans le milieu pour qu'un acteur non-humain vienne en plus fermer des portes à des gens qui étudient des années pour ce qui est bien souvent un métier passion.
3. Je pourrais écrire un paragraphe entier sur la sensibilité à l'écologie de notre génération, et on sait tous combien ces IA sont gourmandes en eau comme en matériel informatique.
Alors, j’utilise l’IA pour certaines tâches, c’est par exemple très utile pour réviser des examens de connaissance bête et simples. Mais jamais un de mes articles, jamais une de mes idées, ne contiendra un gramme d’IA gen.
J’aurais pu rajouter mes considérations philosophiques, mais on est déjà pas mal ;)